Caroline Kinkead

Caroline Kinkead


Démarche

L'art en tant que language, me permet d'adresser sous couvert, des sujets délicats, avec une liberté que le language verbal n'autorise pas. Bien que figuratif, mon travail adresse une couche sous-jacente au réel, celle des affects, il est donc, en ce sens, aussi abstrait. L'art opère chez moi, une double fonction à la fois thérapeutique et salvatrice en me permettant de tracer, les contours de ce qui ne se nomme pas, de ce qui me dévore. Loin d'une démarche intellectuelle pure, ma démarche artistique relève du domaine du viscéral et ces traces matérielles de mon passage, me permettent d'exister ou du moins, d'en avoir une impression un peu plus concrète.

J'adresse une perspective du muet, celle du féminin longtemps silencié par la perspective masculine. Tant dans le domaine des arts, par le fait d'être historiquement reléguées à l'artisanat ou simplement dans le domaine plus concret du quotidien. Il me semble important de créer de tels échos. Je m'intéresse au corps de la femme, comme un lieu d'accumulations, aussi le passage du temps y joue-t-il un rôle notable. Il me semble devenir évident, tant dans l'art contemporain que dans la sphère publique, que les femmes ont de plus en plus besoin de se vider.

Je prends un plaisir particulièrement ludique, à briser les hiérarchies et frontières classique (relevant d'un héritage patriarcal) entre le portrait, la nature morte et le paysage. Quelque part entre objet et sujet, les poupées que j'aime peindre, possèdent pour moi des qualitées fantômatiques. Ce sont ces failles, qui m'intéressent. Elles me semblent (pour le moment du moins), le sujet idéal pour adresser du même coup de pinceau, en premier lieu; les rapports de commodité ainsi que le corps non pas comme objet perçu, désiré, idéal voire, de consommation (tel que les hommes le représentent depuis des siècles), mais comme un paysage, un lieu-objet vécu. En second, j'adresse également la formation du genre féminin, les intérêts que peut servir le processus de gentrification, la brutalité des processus psychiques et parfois même physiques par lesquels cet idéal féminin est imposé-accompli. L'aspect ludique de mon travail, me permet d'adopter pour un temps, une position régressive qui me procure un certain réconfort face à l'angoisse, tout en me servant d'espace, où loger ce qui m'habite.

Je tente de faire une éloge-revalorisation du quotidien, de poser un regard sur le domestique plutôt que de prendre un approche dite monumentale, mécanique ou conquérante, qui selon ma perspective, ne laisse que peu de place au vivant. Dans un monde valsant entre l'accumulation d'objets et la critique de cet attachement matériel, j'aime réfléchir à la place qu'occupent ces objets qui nous accompagnent et parfois nous possèdent. J'affectionne particulièrement ceux qui échappent au circuit de consommation. Les surfaces poreuses de l'argile me parlent fortement pour la place qu'elle laissent au vivant.

Puisque je peins sur de la toile et que les sujets que j'aborde ont trait à la fibre sociale, mon travail se revendique, conceptuellement, à la grande famille des arts textiles, une catégorie historiquement reléguée aux femmes puisque décriée moins ''noble'', car domestique et traditionellement exposée à l'intérieur des sphères sociales, et non à l'extérieur celle-çi. Il y a à peine plus d'un siècle, une femme ne pouvait sortir de sa demeure non accompagnée, c'est toujours le cas dans plusieurs endroits du monde, aussi la question de la condition féminine me semble toujours aussi actuelle qu'importante.

My practice reflect on what I can bring to the current discussions in contemporary arts as an artist and a woman. My reflection also meditates on our relationship to objects. In a world waltzing between their inconsiderate accumulation and the criticism of this material attachment, I try to ponder the relations we nourish with objects which are deliberately placed outside of the commercial circuit. I am interested in objects to which we identify and whose affective dimension escapes materiality and objects as silent witnesses, traces from another time, whom I try to give voice to.